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Day Tripper

"It took me so long to find out, and I found out"

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Aux trois ans et demi passés en sa compagnie | 02 novembre 2007

Assise au milieu des trèfles, dernier endroit vert que le club offre en dehors des prés. Les seuls bruits qui daignent se faire entendre sont ceux de la nature qui vit pour nous deux, et pour Betylore que j'aperçois d'ici à contre-jour, ainsi que le rythme de ses mâchoires qui se referment sur l'herbe qui tapisse le sol. Je ne sais pas très bien si la chaleur environnante est issue du bien-être que je ressens à cet instant ou de la présence exceptionnelle du soleil. Régulièrement, sa tête vient me rappeler que je suis assise sur ce qu'elle aimerait bien goûter. Tout aussi régulièrement, je me lève et lui laisse l'accès aux trèfles mêlés à l'herbe grasse. Ma tête cherche la douceur sur son poil d'hiver... Odeur de poussière mêlée à celle d'un cheval, rassurante, assez me pour me donner envie de fermer les yeux et de rêver un peu.
Aussi je m'y abandonne, gardant à peine un oeil sur elle qui, de toute façon, a trouvé une source de nourriture suffisante pour ne plus avoir besoin de moi - sale ingrate -. Et l'espace de quelques minutes, je me sens à nouveau bien, comme toujours une fois par semaine quand elle est là, présence réconfortante. Et encore une fois, une question me vient à l'esprit : qu'est ce que j'aurais été sans elle ces dernières années ? Assurément, je n'aurais pas été seule, mais les choses auraient certainement été différentes... Déjà, sans elle, qu'attendre, sinon ce qui va se produire dans trois mois et demi ? Des événements insipides, bien loin du sentiment de plénitude que j'éprouve à ses côtés, depuis que je la connais, depuis ce jour d'été 2004 où je me suis trouvée pour la première fois sur son dos.
Et puis où trouver, sinon en elle, la certitude rassurante de ne plus rien avoir à craindre ? Il n'est qu'elle pour être là (physiquement, j'entends), pour m'apporter un peu de douceur quand plus rien ne semble aller. Sur qui m'appuyer sans elle ? Question qui demeurera sans réponse, la seule personne pouvant apporter une réponse se trouve être trop loin pour l'apporter (mais je lui interdis de culpabiliser !).
Enfin, où puiser suffisamment d'énergie pour supporter la fatigue, les gens qui me déçoivent*, l'impression de perdre mon temps dans tout ce que je fais ? Celle-là aussi, elle restera posée dans le vide, sans que personne ne puisse y apporter de réponse.
Oui, depuis quelques temps, comme celà redevient régulièrement le cas, il n'y a quasiment qu'elle. Et si je ne l'avais pas une fois par semaine, je me demande dans quel état je serais...
Regard rapide sur ma montre. Une heure et demi déjà que nous sommes là, que je libère mon esprit soumis à l'angoisse propre à cette période, que je la regarde sans y faire attention, comme s'il s'agissait d'une habitude, comme si j'accompagnais mon regard de l'agréable certitude qu'elle sera toujours là.
Non, elle ne sera pas toujours là, je ne le sais que trop bien, mais celà me donne une excuse de plus pour profiter davantage encore de sa présence à mes côtés, savourant ainsi chaque minute du temps qui m'est imparti, qui m'était imparti depuis le début.
Je jette des coups d'oeil inquiets à ma montre sur laquelle le chiffre des minutes ne cesse d'augmenter, pensant à chaque fois qu'il va falloir rentrer... La laisser, comme chaque mercredi soir, dans le box en face de Play Off qui la regarde comme une parfaite inconnue (faites des gosses tiens !), entre Qimambas et Karmane. Je crois que je redoute ce moment...
Je lui relève la tête de l'herbe, et comme d'habitude, elle me regarde d'un air accusateur (si si, avec les oreilles en arrière et tout, elle fait peur hein !). Nous commençons à marcher, ou plutôt, je la traîne derrière moi, repassons entre les deux paddocks, et l'image du club me surprend un peu : étrange contraste entre la lumière verte et douce et la lumière plus brute d'un espace dépourvu d'arbres. Mes yeux s'habituent doucement à cette nouvelle lumière et je continue à la forcer à avancer, contre son gré autant que contre le mien.
Nous regagnons le box évoqué quelques lignes plus haut, je la débarasse d'un peu de la poussière accumulée sur sa robe (mais comment fait-elle pour en supporter autant ?) et du licol en cuir, auquel j'ai ajouté quatre trous juste pour elle. Je la quitte en poussant le loquet de la porte en même temps qu'un soupir, puis discute un instant avec les personnes que je croise, pour enfin m'installer dans la voiture, mes affaires aux pieds, me souvenant de quelque vers de Jeanne Cherhal dans Une Tonne :
"Mais à heure fixe, et monotone, mon paradis fermait toujours..."
Pas de regard en arrière, ça ne servirait à rien. J'ai plutôt tendance à regarder vers l'avant, et à me dire qu'invariablement, on recommencera la semaine prochaine.
Quoi qu'il en soit, je l'aime et j'espère que vous avez deviné de qui je parlais, dès les premières lignes si possible...
*"Dans la limite des stocks disponibles"... Mais c'était juste pour citer Alexis. En vérité, je vous demande de ne pas chercher à savoir si vous en faites partie ou non.

Publié par Nowhere Girl à 23:32:14 dans Day Tripper | Commentaires (11) |

Joann Sfar - Le Chat du Rabbin (Le Paradis Terrestre) | 29 octobre 2007

""Il faut montrer aux gens que c'est dangereux de s'en prendre aux Juifs. Il faut leur apprendre que si on nous attaque...
-Quoi ? Tu vas apprendre la guerre toute ta vie et tu ne seras jamais assez fort.
-On aura des fusils.
-Tes ennemis en auront plus. Tu auras passé des années à préparer une guerre, à t'endurcir, et le jour où on viendra te tuer, tu mourras tout de même. Crois-moi, il vaut mieux employer ton temps dans l'étude.
-Vous voulez que je passe mon temps dans l'étude alors que ma vie est en danger ? Mais si on vient me tuer ?
-Raison de plus : avant de mourir, tu auras lu beaucoup de livres. Et avec un peu de chance, tu auras même eu le temps de les enseigner. Et je te souhaite d'avoir des élèves moins versatiles que les miens."
C'est vrai qu'ils ne sont pas taillés pour la guerre, ces petits trésors. Même avec la chaleur qu'on a en Algérie, leurs mamans les couvrent bien à chaque fois qu'ils sortent, pour pas qu'ils s'enrhument. Et il s'en trouve toujours un pour s'enrhumer quand même. Qui voudrait faire la guerre à ces créatures qui ne pensent qu'aux livres ? Ô, les pouvoirs qu'on vous prête, vous qui frissonnez au moindre rhume. Les stratégies qu'on invente pour vous détester. Je vous aime parce que vous êtes vulnérables. Je vous aime parce qu'il faut bien que quelqu'un vous aime.
"Monsieur Amouyal, mon rabbin, il est gentil, mais il ne comprend pas les choses. C'est la vieille génération, ils sont trop tendres."
Toi aussi, je t'aime.
"Moi, j'ai beaucoup de courage
-Viens prendre un verre, mon fils"
Tu vas apprendre la guerre. Tu vas devenir de plus en plus fort.
"Nous allons nous réunir, avec d'autres jeunes comme toi dans quelques jours..."
Tu auras ton armée, ton pays, comme les autres peuples. Et ceux qui t'aiment ne seront toujours pas plus nombreux. Tu ne seras pas plus avancé."

Publié par Nowhere Girl à 21:37:15 dans Day Tripper | Commentaires (3) |

"Une vie trop bien rangée apprivoise chaque soir l'imminence redoutée d'une chute obligatoire" (Mal Assis - Pauline Croze - Pauline Croze) | 19 octobre 2007

Encore un. Un de plus qui s'ajoute à la liste devenue interminable de ceux qu'on a perdus. Ils sont tous, sans exception, de passage dans notre vie. Et comme à chaque fois, je viens de prendre conscience qu'il ne se distinguait pas tellement des autres, par ce côté-ci du moins. Depuis le début, je le savais. J'ai d'ailleurs longuement hésité, pour lui plus que pour un autre, à lui offrir mon affection. Mais finalement, je n'ai jamais réussi à lui résister, et j'ai abandonné ma méfiance pour laisser croître ce sentiment si particulier qu'on éprouve pour un cheval qu'on n'a même jamais monté. Celà ne semble rien, d'ailleurs, ce n'est rien. C'est simplement un nouvel au revoir (du moins, j'aime à penser que c'en est un), qui devient presque une habitude. Et c'est aussi une habitude d'être aussi triste à chaque fois. Seulement, une question éternelle revient et me torture l'esprit :
Pourquoi lui ?
Mais au fond, je sais très bien que le départ d'un autre m'aurait fait le même effet, sinon bien pire. Je me dis qu'il vallait mieux que ce soit lui plutôt que, par exemple, Keops ou Qimambas, mais n'arrive pas à m'en convaincre, tout simplement parce que je sais très bien que chacun est différent, et, à sa façon, indispensable. En lui, j'avais reconnu celui sur lequel j'avais fini par faire une croix, dans sa façon un peu violente de prouver son amour. Au début du moins. Il avait fini par prendre sa propre place, cessant de se contenter de combler bêtement un vide. Et c'est cette place même à laquelle il vient de renoncer, et comme à chaque fois, je me convaincs que personne ne viendra la récupérer. Pourtant, comme à chaque fois, et même si celà prend parfois plusieurs mois, je sais que dans quelques temps un petit nouveau viendra s'infiltrer dans mes pensées et me permettre de penser à autre chose, sans toutefois me laisser l'oublier totalement.
Aussi, ce soir, si j'avais été la seule à pâtir de cette nouvelle absence, je n'aurais pas posé de mots dessus, par peur de me répéter et d'ennuyer mes -déjà peu nombreux- lecteurs. Ce n'est donc pas pour moi que j'écris aujourd'hui, mais pour une personne qui avait plus besoin de lui que moi. Bien plus qu'un camarade de jeux, elle a perdu un complice, et je crains que celà ne soit bien plus douloureux. Seulement, je ne peux pas lui dire grand chose, les mots se font rares lorsqu'il s'agit d'un être qu'on a perdu. Mes mots en particulier sonneraient faux, et je ne sais pas si j'y croirais moi-même. Tout ce qu'il reste à faire, c'est attendre une réponse sûre, un éventuel retour ou tout simplement de savoir où il est.
Pour le moment, je ne peux que te rendre hommage, Mumbai.
 
(L'oeil de Mephistos) 

Publié par Nowhere Girl à 19:05:00 dans Day Tripper | Commentaires (4) |

A un cheval qui mériterait bien plus que ces quelques mots | 17 octobre 2007

Etrange comme on peut se rendre compte de la beauté des choses une fois qu'elles deviennent inaccessibles. Moi qui croyais qu'il ne m'abandonnerait jamais, qu'il ne pouvait pas prendre une ride, et que ma confiance perdue depuis plus de deux ans reviendrait sur son dos... Désillusion fatale : cette année, ce ne sera pas lui qui tentera de m'aider, mais une autre, qui ne m'a été d'aucun secour jusqu'ici...
Et oui, en ce moment, beaucoup de chevaux craquent un peu... Je savais, depuis le début, que certains étaient fragiles et avaient besoin d'un repos régulier. Mais à vrai dire, je n'aurais jamais cru que lui en aurait besoin un jour. Trônant du haut de ses 13 ans, il me semblait toujours motivé et en forme. En tout et pour tout, depuis son arrivée au club, je ne l'ai vu faiblir qu'une fois, il y a environ six mois de celà, mais ce jour-là, ils avaient tous faibli. Aussi, je ne me suis jamais inquiétée pour celui que j'aimais à considérer comme un ange protecteur. "Une assurance vie" l'avait même appelé un jour Alexis plusieurs mois plus tôt. Et dire qu'à l'époque, je ne croyais pas vraiment en lui...
Oui, car si on pouvait placer sa confiance en un cheval, il n'y a désormais, à mes yeux, pas mieux. Et moi, je la lui avais accordée toute entière, le laissant franchir les obstacles, arrivant parfois à cesser de réfléchir.
Ainsi, plusieurs mois durant, c'était moi sur son dos, un mercredi sur deux. Et même si, avec un autre cheval, j'avais toujours du mal à passer un obstacle, avec lui ça devenait vraiment un plaisir.
Mais cette période qui allait finir par être idyllique a trouvé son terminus, depuis quelques semaines déjà. Et si je ne m'en fais pas pour moi, de toute façon je ne pense pas apprécier le saut un jour, je m'en fais pour lui.
Ce géant au coeur d'or montrerait-il déjà des signes de faiblesse ? Il y aurait vraiment de quoi, il fait partie de ceux que les plus jeunes aiment monter, même si, par sa taille et sa corpulence, il a tendance à impressionner la première fois... Mais tout de même, je le pensais résistant et fort, je suis tombée de haut et j'ai peur qu'ils ne nous abandonnent tous un à un...
Je pense que beaucoup le diront, le club sans les "vieux", ce n'est plus le club, et plus le temps passe et plus l'éventualité de les voir nous quitter devient envisageable. Même si Plastic, Mumbai (hein Amel ? :P), les deux Irlandais qui sont restés, sans oublier Mystère, Monica, Warvil, etc... commencent à prendre leurs places, moi, je continue à aimer ceux qui peuplent le paddock depuis "toujours". Loin d'être sectaire, je suis plutôt attachée à ceux qui m'ont tout appris.
Alors il va falloir trouver un autre cheval avec qui je me sentirais bien, une "roue de secour" en attendant que celui qui sauverait n'importe qui ne revienne. Pour  l'instant, mieux vaut que ceux qui ont plus besoin de lui que moi le gardent. Je ne serai pas jalouse pour cette fois et espérerai simplement le voir me revenir vite et en forme.
 
(Shadé(e ?) et sa mère, qui me manquent de plus en plus) 

Publié par Nowhere Girl à 20:28:50 dans Day Tripper | Commentaires (3) |

Are you going to be in my dream tonight ? (The End - The Beatles - Abbey Road) | 20 septembre 2007

La salle est sombre, et je me suis désintéressée depuis longtemps du QCM de maths achevé quelques minutes plus tôt. Pas un bruit dans la classe, ma voisine (on se demande bien qui c'est tiens ^^) n'a pas fini, pas d'échappatoire, de possibilité de penser à autre chose, et je me souviens d'hier... Et de tous les jours précédents. Les retrouvailles plus qu'inattendues, les questions qui trouvèrent une réponse décevante, et tout le possible que j'ai fait pour profiter, parce qu'il n'y avait plus que ça à faire, se gaver de tout ce qu'il avait à m'apporter avant que l'on ne m'impose une nouvelle séparation
Car cette trève dans notre séparation que je croyais pourtant définitive était faite pour finir sous peu, et je le savais... Pourtant, c'est toujours la même question qui revient, parce que c'est tellement plus facile de vouloir toujours repousser : pourquoi maintenant ?
A celà, il n'existe pas de réponse, et j'ai assisté, une nouvelle fois, totalement impuissante, au spectacle écoeurant d'une écurie vide, que même Kéops et Lotus ne venaient plus distraire (bah oui, ils ont été déplacés, y'a des box libres maintenant...). Le vide total et difficile à apaiser, que seuls nos chers doubles sont venus combler l'espace d'une heure.
Les gens achèvent un à un leur devoir, mais il est trop tard pour me sortir de là désormais. Ces départs occupent maintenant quasiment tout mon esprit et il m'est difficile de me concentrer sur autre chose.
Je donne des réponses évasives aux questions posées, puis mes pensées se précisent et forment une enveloppe sur-mesure, qui est destiné à celui dont le départ est le plus difficile à accepter : L'Eau.
Deuxième fois, même douleur. À croire qu'on ne peut pas se faire aux séparations, même quand elles ont lieu plusieurs fois.
Bien sûr, j'ai eu trois semaines pour profiter. Mais trois semaines, ça paraît peu lorsqu'autrefois j'ai eu plusieurs années dont je n'ai pas suffisamment profité à mes yeux. Trop tard, impossibilité totale de revenir en arrière, inutile de regretter.
J'ai la tête appuyée sur le mur, la journée a été fatigante, d'autant plus que ce genre de pensée m'a occupée la plupart du temps. Par chance, cette heure est passée vite, mais je soupire à l'idée que nous ne sommes que jeudi, ce qui veut dire qu'il reste un jour, qui me semblera anormalement long, comme ses prédecesseurs.
On me demande de revenir à la réalité et je chasse les pensées négatives. Je m'étais promis de supporter ce nouvel adieu, qui n'en est peut-être toujours pas un. Je le supporterai, peut-être pas aussi bien que je le croyais, mais théoriquement c'est faisable. Enfin, "en théorie, la théorie et la pratique c'est la même chose... Mais en pratique..." (désolée maître GG, je l'ai redit ^^')
L'heure s'achève, la classe se ligue contre la prof pour lui dire que la cloche a sonné (bah à ce moment-là, on croyait que c'était vrai hein), je sors, dis au revoir à tout le monde, quitte le lycée en pensant que ce soir, ça n'ira sûrement pas.
Voilà, ça faisait une semaine que je t'avais dit que j'écrirai, je te le devais plus ou moins, même si c'est pas glorieux.
Bon voyage aux quatre Irlandais qui ont peut-être quitté le continent définitivement cette fois.
Je me promets, et lui promets, que sa pensée ne me quittera jamais totalement.
(Quimambas sur la photo, pour une certaine Jasoda (qui, je le rappelle, ne possède pas de sabots malgré son pseudo :P))

Publié par Nowhere Girl à 22:25:49 dans Day Tripper | Commentaires (3) |

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